En ce moment, aborder les enjeux climatiques implique de prendre en compte un contexte politique et géopolitique particulièrement défavorable :
1. Les menaces de l’administration Trump contre les sciences, la paix et la démocratie
Depuis son retour à la présidence des États-Unis, Donald Trump prend des mesures brutales contre ceux qui s’opposent à son idéologie et à ses intérêts financiers : affaiblissement des ONG, des agences scientifiques environnementales et de santé, restrictions d’accès aux données environnementales, retrait de l’Accord de Paris, renforcement des industries fossiles, etc. La liste est trop longue pour tout détailler ici. Pour une analyse plus complète de la situation aux Etats-Unis, vous pouvez consulter cette belle selection d’articles ici. Un mouvement de soutien aux chercheurs américains est également lancé depuis le 7 mars, sous le nom de Stand Up for Science. Espérons que ce mouvement se poursuive et s’étende au delà de la communauté scientifique et universitaire.
A cette situation déjà préoccupante pour la démocratie, les droits civiques et la régulation environnementale, s’ajoute un rapprochement entre Trump et Poutine faisant peser la menace d’une guerre qui dépasse les frontières de l’Ukraine. Le désengagement des États-Unis en Europe conduit les dirigeants de l’UE à renforcer leurs dépenses militaires (AP News), détournant ainsi des ressources essentielles pour d’autres priorités telles que la transition écologique et énergétique.
2. L’heure des reculs pour le Green Deal a sonné
Ce n’était déjà pas la panacée, ce Green Deal… Mais sous pression économique et politique, l’Europe la dévitalise. Pour ne citer que deux exemples :
- La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), qui devait renforcer la transparence des entreprises sur leurs impacts environnementaux, est en train d’être édulcorée. Son champ d’application est réduit, excluant jusqu’à 80% des entreprises initialement concernées.
- Un autre allègement concerne le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), conçu pour taxer les importations de produits à forte émission de carbone et protéger les industries de l’UE. Désormais, 90% des importateurs sont exemptés.
Ces reculs montrent que la transition climatique n’est pas encore solidement ancrée dans les décisions économiques de l’Europe et reste vulnérable aux pressions de compétitivité à court terme.
Sources: Loi Omnibus, ESG News
Alors comment parler du climat dans ce contexte ?
Rappelons tout d’abord que le climat est AUSSI une question de sécurité. La dépendance aux énergies fossiles est une arme entre les mains des régimes autoritaires. La transition énergétique est une solution pour la souveraineté énergétique des pays et une opportunité pour des projets coopératifs innovants, aux retombées économiques et sociales au niveau local. Par exemple, la COOPEC en Charente-Maritime, une coopérative de production d’énergie renouvelable, gérée par les acteurs du territoire eux-memes (citoyens, communauté de communes, entreprises et associations locales).
Retarder la transition, c’est accroître les risques sociaux (augmentation des inégalités sociales), économiques (instabilité des marchés, augmentation des coûts des assurances, voire même inassurabilité des actifs à haut risque) et géopolitiques (conflits liés aux ressources, migrations).
En tant que citoyens, nous devons maintenir la pression sur les décideurs : l’opinion publique et les actions citoyennes restent des leviers puissants. Un exemple récent : le projet de l’autoroute A69, longuement et durement contesté par les associations locales et les scientifiques a finalement été jugé illégal par le tribunal de Toulouse au motif « bénéfices économiques, sociaux et de sécurité publique trop limités » par rapport aux dégâts environnementaux. Lire l’article de Reporterre.
Et il y a malgré tout des avancées ; on n’en parle jamais assez !
Selon un rapport du think tank Ember, 2024 marquera la première année où l’énergie solaire génère plus d’électricité (11%) que le charbon (10%) en Europe. Un seuil symbolique qui montre que la transition énergétique progresse, malgré les reculs politiques. Lire l’article sur The Guardian.
Le développement ferroviaire continue en Europe, avec de nouvelles lignes de trains de nuit ou grande vitesse, telles que Bruxelles-Venise (Euronews) ou Paris-Berlin (AP News). Ces nouvelles lignes devraient permettre aux Européens de voyager plus facilement sans passer par l’avion.
Sous le leadership de Lula, la déforestation en Amazonie a diminué de 30 % en un an ! Une avancée significative dans la lutte contre la perte de biodiversité et le changement climatique (Reuters).
Alors, évitons le découragement et rappelons que l’action climatique est une nécessité qui ne doit pas être reléguée au rang de préoccupation secondaire.
