Comment les marmottes vivent-elles le changement climatique ?

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Si vous allez en montagne l’été, vous avez sans doute croisé le chemin de la marmotte, qu’on repère de très loin par son petit cri strident pour avertir toute la colonie de la présence d’un intrus.

Autrefois, chassée pour sa peau ou sa chaire, aujourd’hui la marmotte est devenue la mascotte de nos montagnes. On la retrouve sur les cartes postales, en peluches, sur des t-shirts… Clairement, c’est l’attraction touristique des Alpes. Sa « valeur de présence » a même été estimée à 40 fois l’effort financier de sa réintroduction et de sa protection dans les années 1980. On peut dire que l’investissement en valait la peine… pour la biodiversité comme pour l’économie locale !

Pour aller plus loin sur l’histoire de la marmotte: Raymond Ramousse, et al, 1999. « La Marmotte alpine ». Le Courrier de l’environnement de l’INRA.

Moi aussi, tous les ans, je passe quelques semaines en montagne pour randonner, et je ne me lasse pas de voir une marmotte pointer son nez hors de son terrier, de regarder jouer les petits, de les photographier…

Cette été, je me suis posée la question de l’impact du changement climatique sur la marmotte. Et comme pas de chance, trois semaines avant les vacances, je me suis fait une entorse au genou avec rupture des ligaments croisés… Pas de randonnées pour moi cette année. A la place, j’ai fait quelques recherches pour en apprendre un peu plus sur cet animal et comprendre comment il s’adapte – ou non – au changement climatique.

Jessica Vial en attelle
Marmotte apline

La vie d’une marmotte

La marmotte passe près de 6 mois sous terre à dormir. C’est l’hibernation. Sa température corporelle passe de 36°C à 5°C, son coeur passe de 120 pulsations par minute à 30, et elle ne mange pas.
Pour assurer le fonctionnement de son organisme tout l’hiver, la marmotte doit donc absolument accumuler un maximum de réserves de graisse. C’est ce qu’elle fait durant les 6 autres mois de l’année. Enfin, paraît-il qu’en réalité, pendant la belle saison, elle consacre la moitié de son temps à jouer …et à dormir !

Donc, si vous êtes un vacancier des premières heures, vous verrez des marmottes toutes maigrichonnes. Si vous êtes plutôt un « aoutien », vous les verrez bien dodues, peut-être davantage occupées à préparer le terrier pour l’hiver : aménager la chambre familiale avec un matelas d’herbe sèche où tous les membres de la famille se blottiront les uns contre les autres pour se tenir bien au chaud pour l’hiver.

Source : livret éducatif sur les marmottes publié par l’Association pour la Protection, l’Etude et la Valorisation des Marmottes (APEVM)

L'organisation de la famille

Une colonie de marmottes compte plusieurs familles. Chaque famille possède son propre territoire, son terrier principale avec plusieurs entrées et plusieurs terriers de secours pour se réfugier en cas de signalement d’intrus.

La famille peut compter jusqu’à 15-20 membres et fonctionne de manière très structurée autour du couple dominant, responsable de la reproduction et de la défense du territoire. Ensuite, il y a les subordonnés, jeunes adultes, en âge de se reproduire et de fonder leur propre famille, mais qui reste au foyer pour aider les parents à surveiller le territoire — et donner l’alerte le cas échéant — et à s’occuper des petits marmottons nés au printemps. De ce fait, la marmotte est considérée par les scientifiques comme une espèce sociale misant sur la coopération. Et puis, il y a également les immatures (jeunes de 1 ou 2 ans, n’ayant pas encore atteint leur maturité sexuelle) et les juvéniles (marmottons nés au printemps).

Source : « Dans les terriers des marmottes » par Echosciences Grenoble

Depuis, sa réintroduction dans les Alpes, la marmotte a retrouvé un certain équilibre autour de la famille et rythmé par les saisons. Mais voilà qu’une nouvelle menace apparaît : le changement climatique.

Impact du changement climatique

Dans les Alpes, le changement climatique peut se résumer par des printemps plus précoces, des étés plus chauds et plus secs et des hivers plus doux et moins enneigés.

Plus d’infos sur le changement climatique en montagne : https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/dossiers-thematiques/milieux/montagne

Pour les marmottes, cela a plusieurs conséquences, qui ont pu être mises en lumière, notamment grâce à un suivi régulier de la population de marmottes de la Réserve naturelle de la Grande Sassière (en Savoie) initié en 1990.

Résumé de l’étude : https://www.vanoise-parcnational.fr/fr/actualites/etude-de-la-marmotte-dans-la-reserve-naturelle-nationale-de-la-grande-sassiere-resultats

1) Avec l’arrivée du printemps plus précoce, les marmottes peuvent sortir plus vite de l’hibernation (environ 1 semaine plus tôt par rapport aux années 1990) et disposer d’un peu plus de temps pour constituer leurs réserves pour l’hiver. Mais la hausse des températures estivales accélère le dessèchement de la végétation et en réduit la qualité nutritionnelle. Par conséquent, les femelles — nourries d’une herbe de moins bonne qualité — ont tendance à être plus affaiblies, à donner naissance à moins de petits, et à des marmottons plus légers et en moins bonne condition pour survivre. Les scientifiques ont estimé une baisse de la population à 2 à 3 % par an depuis les années 1990.

2) Les hivers moins enneigés procurent une moins bonne isolation des terriers. Les terriers étant plus froids, les marmottes dépensent davantage d’énergie pour se maintenir au chaud. De plus, le système de coopération des subordonnés à la thermorégulation sociale du terrier en hiver est en passe de changer, car ce système ne suffit plus : les subordonnés sont tentés de quitter plus tôt le foyer des parents — la diminution de la population et l’augmentation de territoires vacants aidant —, réduisant encore plus la capacité du groupe à faire face collectivement au froid et aux prédateurs.

Un tableau pas tout rose pour la marmotte… Comme pour d’autres espèces de montagne, une stratégie d’adaptation consiste à monter en altitude pour retrouver des conditions de vie plus favorables. Mais la montagne n’est pas sans limite…